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Vendredi 5 mai 2006 5 05 /05 /Mai /2006 14:10

Une petite idée pour relancer un blog moribond.

Le magazine gratuit (et excellent) CUT interroge une personnalité du ciné sur un film et cette perso en dit ce qu'elle pense très brièvement (quelques lignes tout au plus).

En voici donc quelques exemples :

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Bouli Lanners (réalisateur de Ultranova)  :

Irréversible : J'adore ...Sur la fin, les images de bonheur, ça m'emmerde un peu. Mais le début est magnifique. Gaspar est un vrai fou et ça fait du bien. C'est quelqu'un qui pousse les limites du Cinéma.

Le fabuleux destin d'Amélie Poulain : J'ai un énorme respect pour Jeunet. Ce n'est pas mon genre de cinéma mais pour avoir travaillé avec lui sur "Un long dimanche de fiançailles", il m'a impressionné. C'est l'un des seuls à faire un film grand public mais d'auteur. On reconnaît toujours un film de Jeunet. Qu'on aime ou pas ce n'est pas très important, ce qu'il fait est sincère.

Amours chiennes : C'est le Cinéma que je voudrais faire un jour. Il raconte la vie et c'est un putain de metteur en scène. C'est le cinéaste que je voudrais être.

(Tiré du numéro 4 de Cut)


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Luc Dardenne (réalisateur de Le fils, Rosetta, etc.)  :

Gerry : Je n'ai pas toujours aimé la musique d'Arvo Paert mais ça, j'aime beaucoup. Je crois que la musique a un rôle central dans le film. J'aime bien la dérive de ces deux hommes. Ça me laisse plus un rythme en mémoire qu'un sujet, qu'une explication ou même un plan. Si, il y a un plan dont je me souviens, c'est quand il y en a un qui est très haut et l'autre très bas. Mais qu'est-ce que je raconte, je ne sais pas. J'avais à un moment donné beaucoup réfléchi à ce film, je m'étais raconté une histoire, mais je ne m'en souviens plus ... Il faudrait que je le revoie. D'ailleurs, un film n'est jamais fait pour être vu : c'est fait pour être vu et revu.

Yi-Yi : Très triste. Il m'a vraiment assommé, mais j'aime beaucoup. En même temps, ce film m'a foutu le cafard, m'a fait perdre beaucoup d'énergie, d'envie de vivre pendant une demi-journée ... Mais c'est bien ! C'est ça, c'est faire le vide ... C'est une vraie oeuvre d'art.

(Tiré du numéro 7 de Cut)


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Je ne fais que ces deux-là aujourd'hui, je me garde Luc Besson, Jean-Pierre Cassel, Joao Pedro Rodrigues, Marina Foïs, Jalil Lespert, Yves Caumon, Mabrouk El Mechri et Samuel Benchetrit pur plus tard (histoire d'en faire une rubrique récurrente ?)

cutlarevue@yahoo.fr


Roger-Dédé

Par Collectif de À l'écoute de - Publié dans : Cinéma
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Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /Fév /2006 20:29

2006, année du 250ème anniversaire de la naissance du célèbre compositeur Wolfgang Amadeus Mozart ; ce n’est un scoop pour personne, il suffit d’observer aujourd’hui l’effervescence que suscite le phénomène : festivals, galas, ouverture de nouveaux musées, expositions temporaires, débats, ventes aux enchères et bien évidemment concerts… tout ceci largement relayé par les médias, la musique se baladant sur les ondes avec la même profusion et intensité que la soif créatrice de son instigateur. 

L’écrivain français Philippe Sollers, quand paraissait en 2001 sa monographie consacrée au compositeur, Mystérieux Mozart, illustrait déjà la puissante assise culturelle et donc financière que le fameux compositeur du XVIIIe possède aujourd’hui dans nos sociétés plus que jamais marchandes : "Mozart, le vrai Mozart, quelle serait aujourd’hui sa fortune s’il touchait à chaque instant des droits d’auteurs ? J’ai fini par poser la question à un spécialiste qui m’a répondu en riant : « De quoi s’acheter l’Autriche tout entière.»"

Qui peut donc être ce personnage qui défie l’usure du temps et parvient à se faire entendre partout, rehaussant l’habituel niveau musical des cages d’ascenseur tout en propulsant dans des sphères élégiaques ses nombreux admirateurs, mélomanes, grands interprètes ou simples amateurs, de toutes origines et de tous bords ? « Un génie absolu dans le panthéon humain, un messie portant la voix de Dieu, un être unique et inégalable »… les périphrases vont bon train quand il s’agit de définir l’essence même de son talent, et c’est sur ces demi-réponses que repose une grande partie du mystère Mozart ; mais seules ces « notes qui s’aiment » (la façon du petit Wolfgang de définir par des mots la musique qu’il invente), musique de chambre ou symphonique, instrumentale ou vocale, religieuse ou profane… permettent de suggérer brillamment le caractère unique de ce démiurge.

Musique qu’il apprivoisa très tôt, l’histoire est connue de tous : à cinq ans, Mozart compose déjà des petits morceaux ; à l’âge de six ans, et pendant les neuf années qui suivent, il part se produire dans tous les grands lieux d’Europe, accompagné de sa grande sœur elle aussi virtuose précoce et de son père Léopold alors musicien émérite de Salzburg, ville natale de Wolfgang. Les deux enfants provoqueront l’extase des cours européennes, de Salzburg à Munich ou de Paris à Vienne : toute l’aristocratie s’empresse de découvrir ces jeunes prodiges. Le petit Wolfgang sera partagé entre l’exigence d’un père conscient des dons de sa progéniture et le naturel dévastateur de séduction, de jeux et de rires qui s’empare à tout instant de lui ; mais l’amour insatiable de musique de Mozart fera sans cesse le lien entre l’ombre et la lumière, le travail et la grâce. Lors d’un concert à la chapelle Sixtine où l’on donnait le célèbre Miserere d’Allegri, l’impétueux adolescent retranscrit à l’oreille l’intégralité d’une œuvre interdite de toute reproduction, révélant au grand jour cette "partition protégée" qui depuis a fait le tour du monde.

De jeune prodige il devint très vite compositeur de talent. Ses voyages à travers l’Europe ont forgé son goût et perfectionné sa maîtrise du langage musical. Mozart découvre peu à peu les jalousies et les rivalités, les contraintes et les pesanteurs despotiques enveloppant la création artistique de l’époque. D’illusions en résignations, la lumière ne faiblit pas pour autant : il sait de mieux en mieux qui il est, à savoir un jongleur jouant avec les genres et les styles et avec pour seule constante son fameux langage, unique et universel. De concertos en symphonies, des quatuors aux messes, Mozart s’impose en mesure, "la mesure en toutes choses" : l’économie des moyens joue au profit d’une poésie musicale intelligible et néanmoins douée d’une profonde originalité. Tout semble facile mais tout participe à une mécanique d’horloge où chaque note a son rôle harmonique et mélodique à jouer au service du temps. Cette apparente facilité est d’ailleurs redoutable pour les interprètes : on travaille Mozart comme l’on porterait un enfant fragile, en lui offrant tout l’amour et à la fois toute la saveur substantielle que nécessite un tel trésor.

Le miracle mozartien se produit peut-être de la manière la plus évidente avec l’opéra : il en aura en tout composé dix-sept. Le musicien varie les genres : en plus du Singspiel (en langue allemande, le plus célèbre étant sans doute La flûte enchantée) il adopte l’opéra buffa (comédie) et l’opéra seria (tragédie) en langue italienne. Avec le talentueux librettiste Da Ponte il créé les trois grands opéras Cosi fan Tutte, Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Le premier est une commande de l’empereur Joseph II, le second une brillante adaptation du Mariage de Figaro de Beaumarchais où l’intrigue et la musique rivalisent d’une gaîté agile et subversive. Les personnages se trompent, se pardonnent, s’épient et se vengent, chacun sous la lumière enivrante de leur créateur, véritable dramaturge ; Charles Gounod écrit en 1890 : « On est tenté de se demander si Mozart a jamais dû chercher la forme musicale de ses personnages. Cette forme leur est tellement adéquate qu’ils semblent avoir été eux-mêmes les auteurs de la musique qui les exprime et les représente ». L’exemple fonctionne à merveille pour Don Giovanni, relecture incroyable du mythe de Don Juan. Il y a à la fois du Molière et du Shakespeare dans cet opéra, le premier pour la description joueuse et critique des mœurs et le second pour l’implacable tension métaphysique qui s’empare fatalement du personnage. À la scène du catalogue, où le valet Leporello énumère joyeusement les milliers d’aventures amoureuses de son maître s’associe la fin épique du héros, plongé par une statue aux allures de fantôme hamletien dans l’enfer de Dante. Encore une fois le langage oxymorique de Mozart brise les frontières des genres, mêlant le seria avec le buffa comme l’ivresse avec la morale, le tout uni par le plaisir fédérateur de la musique.

Il faudrait réécrire les milliers de livres consacrés à Mozart pour tendre vers une observation complète de sa vie et de son œuvre. De sa symphonie Jupiter à la messe en ut mineur, de son expérience au sein des francs-maçons à son rapport avec l’Eglise catholique l’énumération sera de toute façon incomplète. Combien de nouvelles hypothèses, découvertes ou théories apparaissent chaque décennie dans l’univers mozartien de la recherche musicologique ? Combien de nouveaux enregistrements voient le jour en France et dans le monde chaque année ? Chaque siècle s’empare du génie et pratiquement tous les grands compositeurs évoquent à un moment donné ce qu’ils doivent au musicien, à commencer par Haydn, puis Beethoven, Schubert, Chopin, Wagner… Enfin le septième art n’a pas manqué lui aussi de rendre hommage au compositeur : après Joseph Losey, Ingmar Bergman et leurs adaptations respectives de Don Giovanni et La flûte enchantée, Milos Forman se charge en 1984 de faire revivre le compositeur dans son célèbre film Amadeus. La vérité historique n’est pas toujours parfaitement respectée mais le réalisateur nous délivre un portrait mozartien plein de charme, cohérent et fidèle à l’esprit impalpable du prodige, à la fois rieur et grave, travailleur et bon vivant.

Mozart n’a pas fini de vivre dans nos esprits, lui qui se retrouva presque seul à sa mort. Mais cela sans manquer de nous délivrer un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire de la musique : son Requiem semble avoir été le plus beau chant du cygne qui n’ait jamais été donné à écouter ; un dernier mariage rédempteur du génie et de la grâce.


Mateuss

Par Collectif de À l'écoute de - Publié dans : Musique
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Jeudi 9 février 2006 4 09 /02 /Fév /2006 19:45


La beauté du cinéma, c'est de pouvoir tenter quelque chose de différent. (Clint Eastwood)


Différent ce film de Bill Plympton l'est assurément.

Aux antipodes des productions animées actuelles, Plympton continue à privilégier le dessin aux nouvelles technique, à la 3D, à l'image de synthèse et choses du même acabit.
Il aime son travail, il aime griffonner un papier, faire des formes à l'aide d'un simple coup de crayon, et cela se sent.
Et cet amour de la matière est une bien belle chose qui commence à se faire rare dans le cinéma d'animation... heureusement certains irréductibles tels que Nick Park, Anders Ronnow-Klarlund (Le fil de la vie), Sylvain Chomet (Les triplettes de Belleville) et donc Bill Plympton résistent sur différents supports et nous communiquent leur passion.

Hair high est donc un film de teenagers façon années cinquante, un film délirant de teenagers pour être exact.
Un film où il est question de bal de fin d'année, de professeurs, de musique, d'amours et de jalousie, de matchs de football, de cinéma de plein air et de loser du bahut.
Rien de neuf dans cette mythologie si ce n'est que l'artiste imprime sa patte, et d'un film bien lisse on passe à un film à l'humour trash où les boyaux sont de sortie, où les cadavres s'animent et le gothique est présent, où les cheveux occupent une place prédominante, où les gars et les filles parlent de sexe et le font, même si c'est avec une volaille.


 


 


Le dessin et l'animation étaient particuliers, le ton et l'humour aussi.

 




Mais ce long-métrage n'est pas qu'une simple parodie trash, il est poétique et naïf dans le sens le plus noble du terme.

Au coeur de cet humour et ces histoires d'ado se trouve une simple love-story.
Histoire d'amour tragique mais belle (et simple) entre la pin-up du lycée et le laissé pour compte devenu son esclave personnel.
Elle est magnifiquement rendue, surtout au moment du premier baiser où Plympton délaisse le côté grotesque pour quelque chose de beau et léger.

Hair high est donc un film double mais ce n'est pas pour autant un film schizophrène, où le propos se perd et où le spectateur ne sait sur quel pied danser comme l'est, par exemple, Le fil de la vie mentionné plus haut.
Ces deux approches se complètent plus qu'elles ne s'opposent et offrent au spectateur un spectacle presque unique.
C'est cette dualité qui, encore plus que le dessin, rend Hair high différent, différent et beau.


Roger-Dédé

 

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Vendredi 3 février 2006 5 03 /02 /Fév /2006 00:10

The Composer of Desafinado, plays

(1963 / Verve)  

 

Antonio Carlos Brasileiro de Almeida Jobim naît à Rio le 25 janvier 1927. Ses parents emménagent rapidement dans le quartier d’Ipanema, en bord de mer, où le passage quotidien d’une jeune et belle femme lui inspirera, quelques années plus tard, son plus grand succès. Fils d’une famille aisée, il s’intéresse très tôt au sport et à la musique. Il commence par la guitare et l’harmonica avant d’apprendre le piano dès quatorze ans. Son professeur, allemand, l’initie à la musique classique européenne, à Debussy, au dodécaphonisme… Dès le milieu des années 40, il ne se consacre plus qu’à la musique, commence à jouer en piano bar avant de composer et arranger pour différents chanteurs de Continental Records. A la fin des années 50, il collabore avec João Gilberto et Herbie Mann, puis rencontrera Stan Getz avec qui il enregistre début 1963 l’album du succès, le fameux Getz / Gilberto où l’on retrouve déjà de nombreuses compositions célèbres de Jobim, dont plusieurs figurent également sur The Composer of Desafinado, plays, enregistré la même année et paru sur le label Verve.

 

Ce disque est le premier que Jobim sort sous son seul nom. Il y avait bien eu Brasilia – Sinfonia da Alvorada en 1960 mais le disque était cosigné par le poète brésilien Vinicius de Moraes, et relevait plus du projet particulier (cinq plages pour orchestre symphonique). Il n’a d’ailleurs jamais été réédité en CD. Jobim enregistre The composer of Desafinado, plays à New York les 9 et 10 mai 1963. Il est compositeur de tous les titres (12 au total) même s’il est parfois épaulé de compositeurs additionnels ou de paroliers dont de Moraes (car, si cet album est entièrement instrumental, la plupart des chansons ont été créées avec du texte, versions que l’on peut retrouver sur d’autres enregistrements). Au niveau de l’instrumentation, Jobim joue à la fois du piano et de la guitare acoustique, s’accompagnant de flûte, basse, trombone et d’un orchestre à cordes conduit et arrangé par le renommé Claus Ogerman. Au moment de l’enregistrement de l’album, Jobim n’avait pas touché un piano depuis plus d’un an, préférant se consacrer à la composition et continuant à jouer de la guitare. Forcé de s’y remettre pour The Composer of Desafinado, plays où le piano joue un rôle prépondérant, il décida, sans doute par hésitation, par manque de confiance en soi, de rester très près de ses lignes mélodiques, refusant le maximum de variations, en utilisant le moins de notes possibles, et parfois une seule comme dans la chanson Samba de uma nota so qui, comme son nom l’indique, est basée sur une seule note de piano. C’est justement cette interprétation si particulière qui donnera tout le cachet, toute la force de l’album. C’est ce qui deviendra tout simplement le style Jobim. En plus de cette chanson, l’album fourmille de standards, de tubes imparables qui sont depuis devenus des monuments, faisant partie de la mémoire collective, inscrits dans le cerveau de chaque mélomane de la planète, à commencer bien sûr par The Girl from Ipanema, une des chansons les plus célèbres du monde, mais aussi Agua de Beber, Insensatez (How Insensitive), Corcovado, Meditation, So danço samba ou encore Desafinado qui donne son titre à l’album et qui était, avant même la sortie du disque, le porte-drapeau de ce nouveau mouvement musical, la bossa nova, auquel Antonio Carlos Jobim allait vite donner ses lettres de noblesse et qui allait retentir comme une véritable révolution dans l’histoire de la musique américaine. Si sa collaboration avec Stan Getz le rendit célèbre, il ne doit son succès qu’à ses chansons, et notamment Desafinado qui lança une nouvelle mode et un nouveau style. A l’époque de l’enregistrement, Jobim, âgé de 36 ans est déjà un grand compositeur. Il met l’accent à la fois sur l’harmonie, la mélodie et les arrangements, mêle la nouveauté aux racines traditionnelles, le jazz américain, le classique européen et le songwriting brésilien du début du siècle aux rythmiques empruntées à la samba. Sa musique doit tout autant à Debussy qu’à Gershwin ou Cole Porter et sait se faire urbaine et bucolique, naturelle et sophistiquée, brute et langoureuse, joyeuse et triste… Tout cela dans un seul et même élan. Lorsqu’il meurt d’un cancer le 8 décembre 1994 à New York, après une carrière aussi longue que riche, le gouvernement brésilien décrète un deuil national de trois jours. Aujourd’hui, 40 ans après la sortie, The composer of Desafinado, plays n’a pas pris une ride et se révèle toujours aussi jouissif et moderne. Comme la totalité de la discographie d’Antonio Carlos Jobim qui reste, à n’en pas douter, l’un des plus émouvants compositeurs du vingtième siècle, ayant toujours su jongler avec beaucoup de dextérité entre musique savante et musique populaire.

coil

Par Collectif de À l'écoute de - Publié dans : Musique
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Mercredi 1 février 2006 3 01 /02 /Fév /2006 20:31

Cast away par Robert Zemeckis

(2000)

   

Attention: spoilers (même si l'intérêt du film ne repose pas sur son suspense)

 

   Le pitch de cet excellent film est simple et bien connu: un homme de la ville (Tom Hanks, parfait), cadre de FedEx, voit du jour au lendemain sa vie basculer en s'échouant sur un îlot du Pacifique après un crash d'avion, par ailleurs très impressionnant. C'est assez osé pour un blockbuster. Car entre deux parties très conventionnelles on assiste à une bonne heure de film avec un seul acteur et logiquement très peu de dialogues, pas même une voix off. Et pourtant, on ne s'ennuit pas, tellement le film est intéressant, instructif, et truffé de messages et de références symboliques.

 

 


   Peut-on seulement imaginer pire situation ? - tout perdre en un instant, sa situation, sa vie sociale, la civilisation; et se trouver dans une détresse physique et émotionnelle inconcevables... - non. Et pourtant, l'instinct de survie est là. Le film montre bien les priorités du héros "seul au monde": il recherche d'abord des signes de vie (humaine, si possible); ensuite de l'aide, et enfin à survivre. Il doit alors vivre comme un homme primitif ou un animal; mais l'espoir et la volonté de s'en sortir provoquent un décuplement de son ingéniosité. Deux mondes se rencontrent: celui de la nature "primaire", et celui de la technologie représenté par le héros et les quelques outils modernes qu'il lui reste. Mais la nature montre vite qu'elle est la plus forte: ainsi les vagues ont vite fait d'effacer le message "HELP" tracé sur le sable; la lampe-torche s'éteint, ses batteries vidées, comme si le Ciel reprivait l'homme du feu que Prométhée lui avait dérobé.
Nature cruelle, donc, et pourtant belle. Comme il est écrit sur une lettre qu'il devait poster: "the most beautiful thing in the world is, of course, the world itself".

 

   Un autre aspect essentiel, très bien montré dans le film, est la volonté de conservation de l'humanité du personnage, malgré des conditions de vie inhumaines. Chuck tient à rester digne (cf. la scène d'enterrement de son ami), il continue de parler, n'oublie pas son passé en en gardant des images (malgré l'effacement de la photo de sa compag ne avec le temps), tient un calendrier pour ne pas perdre le rapport au temps, etc. Bien sûr il redécouvre les choses essentielles de la vie, réalise ce qu'il lui manque et manquait vraiment - c'est le principal message du film. La solitude forcée le pousse même à se créer très vite un ami virtuel: un ballon de volley (!) sur lequel il a peint un visage avec son sang, et qui ressemble à un totem. Un ami qu'il aime profondément et sincèrement (voir la scène pathétique et bouleversante où il doit l'abandonner) et avec qui il communique, dans ses délires schizophréniques. Bien sûr, cet ami (Wilson) est aussi un moyen pour le réalisateur de faire un peu parler Chuck.

 

   Le désespoir est évidemment très présent dans le film. Chuck songe un moment à se suicider, mais la peur de se rater, son envie de revoir sa compagne, et l'objectif qu'il s'est fixé, véritable bouée de sauvetage - livrer un colis, même si c'est avec 4 ans de retard - le poussent à résister et à tenter le tout pour le tout. Un beau jour le destin lui en offre la possibilité, et Chuck ne rate pas l'occasion. Cela sera difficile, voire impossible, la Nature le prévient: ainsi la "porte" (celle de l'autre monde, celui de la civilisation) qu'il dresse sur la plage, s'écroule à cause des rafales de vent.

 

   C'est ainsi toute une panoplie de sentiments qui est évoquée: colère, désespoir, dépit, acharnement, délire, pétage de plomb, joie (lorsqu'il maîtrise le feu)...
Même sauvé par miracle et revenu à la civilisation, il sait que plus rien ne sera comme avant: c'est là la double injustice de la chose (on le voit bien dans une scène où toute son ancienne vie est résumée sur un plan, avec un avion FedEx et son ex-femme... qui pleure). Robert Zemeckis est cependant optimiste et présente ce drame comme une quête initiatique bénéfique à son personnage.

Enfin, est-ce bien nécessaire de préciser que l'on n'a pas besoin de s'échouer sur une île déserte pour être "seul au monde" ?

Bref, cette retranscription du mythe de Robinson Crusoé, très réaliste, est vraiment à voir.

 

4.5/6

 

par Kairos!

Par Collectif de À l'écoute de - Publié dans : Cinéma
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Samedi 28 janvier 2006 6 28 /01 /Jan /2006 00:10

Décompositions et crépitements

 

 

Près de vingt-cinq ans après sa réalisation, L’Ange est toujours considéré comme une œuvre phare du cinéma expérimental. A la vue de ce film unique, quelque chose apparaît comme évident : Patrick Bokanowski est un artiste et il aura consacré six ans de sa vie à ce projet. Ses premiers courts métrages (« La femme qui se poudre », « Déjeuner du matin »…) réalisés dans les années 70 donnent un aperçu très net de l’orientation de son cinéma, mélange d’animation et de surréalisme.

Voir L’Ange c’est vivre une expérience sensorielle, entrer dans un univers visionnaire et fascinant, être emporté dans un tourbillon où tous les référentiels se confondent. Dès les premières minutes, des ombres se dessinent, des éclairs de lumière surgissent du néant, des perspectives se profilent mais de façon indistincte. Quelques individus se dévoilent dans des escaliers, furtivement...

Nous sommes plongés à l’intérieur d’un espace où évoluent des êtres se livrant tous à des activités ritualisées. Que ce soit ce personnage donnant des coups de sabre à une poupée suspendue au plafond par un fil, cet autre à qui une femme apporte une cruche de lait qui choit sur le sol ou encore cet homme qui prend un bain moussant, il en ressort une volonté manifeste de capter à plusieurs reprises et dans une même unité temporelle, des actions qui pouraient paraître anecdotiques au premier abord. Le cinéma de Bokanowski n'est pourtant pas un cinéma maniériste mais un cinéma obsessionnel : obsession des gestes, des formes, des mouvements, constamment réitérés, décomposés dans un espace immuable et figé.

Certaines scènes font penser au cinéma muet, comme celle de la bibliothèque où plusieurs bibliothéquaires s'affairent à effectuer toutes sortes de classements avec une rigueur peu commune. Elle prend d'ailleurs une tournure presque expressionniste.

D'autres s'apparentent à des peintures animées, à des figures géométriques qui semblent filmées en tridimension ; on retrouve à travers la multitude des arts utilisés toutes les qualifications de Bokanowski (il a fait des études de photographie, de chimie et d'optique) comme lorsque l'on aperçoit ces faisceaux de lumière orange qui se réfléchissent à travers des miroirs avec un bruit de respiration continue comme bande sonore. Il est indispensable de ne pas chercher systématiquement un sens précis ou des explications logiques à ces scènes, mais plutôt de laisser l'oeuvre "prendre le dessus" sur nous-mêmes, de la laisser nous habiter...

Les dix séquences qui composent le film pourraient être indépendantes mais trouvent dans leur succession une harmonie et une fulgurance confinant à l’image-rythme ; le film s’achève sur une irradiation lumineuse lors de l’ascension d’un immense escalier. Toutes les interprétations possibles sont laissées au spectateur. Car le ressenti personnel est ici plus important que toute structure narrative rationnelle. Autre élément fondamental : la musique de Michèle Bokanowski (épouse du cinéaste, NDR), indissociable des images, en adéquation parfaite avec chaque plan, composée de phrases musicales répétitives et lancinantes, de crépitements accoustiques qui nous font pénétrer plus profondément à l’intérieur de cette œuvre cinématographique unique.

L’ange de Patrick Bokanowski (France / 1976-1982 / Couleur / 64 minutes)

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Par Collectif de À l'écoute de - Publié dans : Cinéma
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